Les humeurs de FACOH: Eloges dithyrambiques

Depuis 22 ans environ, après avoir perdu le pouvoir politique avec les conséquences que l’on sait, le parti majoritaire Adéma, se décide enfin à faire et publier le bilan de son œuvre politique de 1992 à 2002.

 

Prudemment, le CE (comité exécutif) évita de procéder à un audit de celle-ci comme l’auraient souhaité les ¾ des Maliens. En dépit de cela, en l’absence de beaucoup de cadres disparus entretemps, comme Mamadou Lamine Traoré, Boubacar Sada Sy et bien d’autres encore, l’initiative est à saluer car elle démontre à souhait la volonté des successeurs non de se blanchir des reproches faits ici et là, mais d’éclairer le peuple sur les orientations politiques faites en son nom.

Le document de plus de 300 pages sous le titre «Adéma 10 ans de pouvoir » est une compilation des actions politiques et économiques de ce parti qui l’a conçu dans l’esprit d’une parfaite neutralité mais que des esprits chagrins ou rivaux dénoncent comme une manière politique de se projeter pour les prochaines échéances électorales, le parti étant décrié à la base comme la peste qui détruisit le pays durant son règne.

Dans la forme, en tant que document d’analyse, le texte n’est pas uni et donne l’impression d’une œuvre collective qui tente de démontrer que le parti Adéma de 1992 à 2002 a fait passer le Mali de l’enfer au paradis. C’est son droit même si on peut penser qu’il en abuse.

Les auteurs ont choisi délibérément de se pencher sur les domaines où le parti brilla de tout son éclat aux dépens de ceux où il montra d’énormes faiblesses comme l’éducation, la santé et même la défense et la sécurité où le pays choisit de détruire le peu d’armes qu’il possédait au nom d’une paix armée.

L’école fut en effet l’une des grandes préoccupations du parti mais en dépit de cette réalité, celui-ci tira à côté selon l’avis de  beaucoup de parents d’lèves et de spécialistes de l’éducation. La question en effet fut gérée avec plus de déboires que de compétences et la conséquence est qu’il passa la patate pourrie aux régimes suivants. Par la création d’écoles privées et communautaires au profit d’hommes d’affaires probablement bien choisis, de commerçants liés au parti et de garagistes de la même veine, la problématique scolaire fut entièrement escamotée pour qui veut bien jeter un regard même neutre sur le champ scolaire de la IIIe République. La même remarque vaut pour la santé qui traîne autant de problèmes que l’éducation par la faute de l’amateurisme, des mauvais choix des ressources humaines opérés par les responsables du parti.

En fin de compte si les réussites furent spectaculaires par exemple dans le domaine des infrastructures routières, dans bien d’autres ce furent l’amateurisme et les règles du parti qui servirent de critères pour le choix des responsables gouvernementaux et administratifs. Rien ne prouve que les deux Premiers ministres du début de l’IIIe République étaient des militants avérés de ce parti. Il en va de même pour beaucoup de cadres administratifs et gouvernementaux dont les choix, en étonnant le peuple, étaient dictés uniquement par des considérations politiques. Le domaine économique, en se lançant dans le libéralisme sauvage, ouvrit la voie à des créations d’entreprises et de sociétés factices n’ayant pas les moyens de survivre et donc condamnées à vivre sur le dos de l’Etat par le moyen des surfacturations et autres mécanismes de détournement  des ressources publiques.

L’Adéma doit donc avoir le triomphe modeste en raison de tous ces trous d’échec et sur lesquels le document reste étonnamment muet.

En tout état de cause, son prix trop élevé pour la bourse du citoyen moyen, en limitera forcément la portée. Beaucoup de gens en auront seulement entendu parler.

Facoh Donki Diarra

écrivain

SourceMali Tribune