ÉDITORIAL : Le temps des actions

Le Président de la Transition, le Colonel Assimi Goïta, a nommé par décret, le 21 août, le Colonel Abdoulaye Maïga au poste de Premier ministre… mais en tant qu’intérimaire. Un intérim qui pourrait (ce serait tout sauf une surprise) se muer en bail prolongé sur les bords sinueux du Djoliba. Une raison impérieuse a guidé la main du Chef de l’Etat dans sa prise de décision. Le titulaire du poste, Choguel Kokalla Maïga, s’est vu contraint par le Sort à une absence de l’espace public. Mais l’absence est-elle due à un “repos forcé” ou à une méchante

“maladie” ? Bien devin celui qui, parmi les populations lambda, peut se prévaloir de détenir la réponse limpide à cette question qui concerne pourtant des enjeux directs de gouvernance et donc… le droit de l’opinion nationale à être informée. Le silence autour de la situation réelle du PM alité est pesant. Et le citoyen demeure dubitatif. Ce qui, du coup, ouvre la porte à toutes les supputations et à toutes les interprétations. Lesquelles, malheureusement, ont le mauvais ton d’ajouter de la confusion à la confusion par les temps agités que nous vivons. Sous d’autres cieux, au nom de la redevabilité, des informations quotidiennes auraient été données à la nation. Ainsi le veut le pouvoir du Peuple par le Peuple et pour le Peuple !

En ce qui concerne le nouvel homme fort de la Primature, le Colonel Abdoulaye Maïga, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, le capital confiance qui le porte, telle une aura à larges faisceaux, est pour l’heure son meilleur atout. L’homme, décidément, est crédité de beaucoup de préjugés favorables.

Le “plus civil” des Colonels, est un ancien agent de la CEDEAO à Abuja (Nigéria) et des Nations Unies à travers la MONUSCO en RDC. Diplômé de l’Ecole Normale d’Administration (ENA) d’Algérie, il a effectué sa formation militaire à l’école de gendarmerie de France. Spécialité :  Sécurité.  Qualifié par certains de bosseur, le Premier ministre par intérim est un partisan du dialogue et de la concertation. Comme pour corroborer ces affirmations, il a, dès le lendemain de sa nomination, instruit de nouvelles dispositions pour les Conseils de ministres. L’approbation quasi-unanime de sa nomination par les acteurs sociopolitiques est aussi une reconnaissance de ses qualités.

Mais le plus important est la cadence qu’il saura imprimer aux différentes actions indispensables pour l’organisation d’élections générales inclusives, transparentes et crédibles.

Proche du Colonel Assimi Goïta qui l’avait déjà nommé porte-parole du gouvernement Choguel, le Premier ministre intérimaire doit déjà établir un ordre de priorité des actions à mener avec l’ensemble des forces politiques et sociales. Le temps, qui n’est pas forcément notre meilleur ami, doit être utilisé avec rationalité.

Fédérer le maximum d’acteurs de la vie publique sera le meilleur outil pour faire face aux agissements de certains manipulateurs et leurs complices. La remise au goût du jour de la mise en œuvre de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation issu du processus d’Alger n’est pas fortuite…

 Le Colonel Abdoulaye Maïga doit profiter de cette situation d’accalmie pour renouer certaines relations distendues avec des partenaires et voisins immédiats. Le délai supplémentaire accordé à la Transition doit être respecté si on veut éviter à notre pays d’autres convulsions. Après le temps de la rectification, est venu maintenant celui des actions. Les beaux discours, les invectives et les provocations ne sont plus de saison. C’est le temps des actions dans l’union sincère. Le Mali kura passe nécessairement par le respect de la parole donnée, des textes et lois librement choisis et surtout par le travail. Qu’Allah veille sur notre Mali !

Hamidou Konaté 

 Source: Les Échos- Mali