Force régionale anti-putsch de la CEDEAO : l’absurde solution aux problèmes de gouvernance ?

Le 62e sommet des Chefs d’Etats et de gouvernements de la CEDEAO tenu à Abuja au Nigeria le 4 décembre 2022 a décidé de la création future d’une Force régionale qui interviendra en cas de besoin, qu’il s’agisse de sécurité, de terrorisme ou de rétablir l’ordre constitutionnel dans des États membres.  Comment lutter militairement contre des putschs qui surviennent le plus souvent suite aux turpitudes des acteurs politiques enclins à la mal gouvernance et à la prédation des biens publics, comme ces dernières années dans certains pays comme le Mali, la Guinée et le Burkina ?

Le contexte sécuritaire des pays d’Afrique occidentale marqué par l’expansion du terrorisme peut justifier la création d’une force régionale de la CEDEAO pour venir en soutien aux pays en proie au phénomène terroriste et à l’insécurité.  Dans la mesure où aucun pays à lui seul ne peut vaincre cette pieuvre, dans la mesure où aucun pays n’est à l’abri du phénomène, cette initiative régionale est louable et est à saluer, en ce sens qu’elle participe de l’impérieuse solidarité à renforcer entre pays du champ, éprouvés par l’hydre, et l’ensemble des pays de la CEDEAO. Cependant, cette volonté politique va avec les moyens qu’il faut pour rendre opérationnelle une telle force régionale. Où la CEDEAO trouvera-t-elle les moyens pour remplir efficacement cette noble mission, au grand bonheur des peuples des Etats concernés ?  Jusqu’ici, l’apport extérieur des pays riches d’Europe, d’Amérique et d’Asie à la lutte n’a pas apporté le remède attendu et pire, le phénomène s’est complexifié et s’est étendu dangereusement.  A moins que les dirigeants des pays n’affichent pour une fois une farouche volonté révolutionnaire de s’autofinancer et trouver les vraies solutions endogènes à leurs problèmes, l’on ne voit pas par quel moyen articuler cette force au plan financier.

La CEDEAO peut-elle empêcher militairement les putschs ?

L’aspect marrant dans le mandat de cette Force future, c’est l’intervention dans les pays membres en cas de coups d’Etat ou le rétablissement de l’ordre constitutionnel. Dans bien des pays où il y a eu des putschs, sans vouloir cautionner cette forme de dévolution du pouvoir d’Etat, il est clair que c’est consécutif à la mauvaise gouvernance des acteurs politiques et à la gabegie, quand ce n’est pas le clientélisme et prévarication en plus de la politisation à outrance des administrations publiques, au profit de ces dirigeants au pouvoir. Du coup, les règles de gouvernance ont tendance à s’affranchir des textes qi tirent leurs sources de la loi fondamentale, la constitution.  Par conséquent, la gouvernance devient un jeu d’intérêts de clans et de partisans au détriment de la nation, du peuple et du pays. Toute chose qui crée la chienlit, occasionne les frustrations et les révoltes des différentes conches socioprofessionnelles et enfin des soulèvements qui finissent par avoir raison des régimes pourtant démocratiques en place. Dans bien des cas, l’armée qui défend la cause du peuple peut s’emparer du pouvoir, mettant ainsi fin au pouvoir démocratique. C’est le cas au Burkina, au Mali et en Guinée Conakry. Il peut arriver que les acteurs politiques eux-mêmes violent la Constitution dans le pays, font ds passages en force pour se maintenir au pouvoir, créant ainsi des crises profondes préjudiciables au développement des pays. Comment la Force régionale CEDEAO peut-elle dans ces circonstances intervenir pour rétablir l’ordre constitutionnel sans se heurter aux masses populaires en lutte contre des régimes démocratiques prédatrices des droits et libertés démocratiques des peuples ?  Sauf à vouloir incarner la CEDEAO des chefs d’Etat et de gouvernement au détriment d’une CEDEAO des peuples, il sera très difficile pour la future Force de remplir ce mandat. Les peuples ne veulent plus se laisser diriger comme des bêtes de somme et sont très exigeants en matière de gouvernance publique. Autant dire que le seul mandat de la future Force reste celui de la lutte contre le terrorisme.  La vraie lutte contre les coups d’Etat est du ressort des peuples qui décident de ce qu’ils veulent et de comment ils doivent être gouvernés. Toute autre option consistant à intervenir militairement dans un Etat membre pour rétablir l’ordre constitutionnel, sans l’accord des peuples est une agression extérieure, une atteinte grave à la souveraineté du peuple. On attend donc de voir ce qui sortir du labo des têtes couronnées de la CEDEAO dans les mois à venir sur cette Force régionale en question.

Lamine Bamba

 

Source: lesechosdufaso