LE MALI VEUT TENIR PROCÈS CONTRE LA FRANCE : Mais… au tribunal fantôme de l’ONU

La réunion d’urgence demandée par le Mali, à l’Organisation des Nations Unies (ONU), pour examiner sa plainte introduite contre l’Etat français responsable, selon les autorités maliennes, de violation de l’espace aérien de son territoire, d’espionnage, de soutien à des groupes terroristes… tarde à venir. Le Conseil de sécurité du “Gendarme de la Paix mondiale” n’a pas, pour le moment, fait savoir ce qu’il entend réserver à cette plainte inédite et insolite du Mali, qui plus est, à l’encontre de son ancien colonisateur. Toutefois, si la démarche des autorités de la Transition ne manque pas d’audace, force est de reconnaître que la position de l’organisation mondiale est forcément empreinte de délicatesse. Mais, au-delà de cette attitude sans surprise de l’ONU, c’est l’approche africaine globale caractérisée par un silence sans précédent qui interpelle à plus d’un titre !

Beaucoup de gens, surtout en Afrique, estiment que l’ONU existe pour défendre les intérêts de ses privilégiés : une poignée de nations qui se sont arrogé le droit de tracer et de défaire le destin de la planète terre, en fonction de leurs intérêts. Théoriquement et juridiquement, les pays sont censés avoir le même statut, les mêmes droits. Mais, dans la réalité, c’est tout le contraire. Le véto accordé à cinq pays (l’Angleterre, la France, les USA, la Chine et la Russie) fait toute la différence et atteste, si besoin en est, de la superpuissance de certains face à l’inexistence des autres. L’ONU, dans sa conception, dans sa forme et dans son fonctionnement, est un marché de dupes. Tout le monde sait que la poignée de pays qui ont le droit et le pouvoir de décider ou d’empêcher ne feront rien qui contredise leurs intérêts à eux, quand bien même ces intérêts s’expriment au détriment du droit international et du bon sens ! Pour faire court, le droit de vote est accordé à quinze pays constituant le Conseil dont les cinq permanents énumérés plus haut. Les dix autres pays autorisés à siéger ont, effectivement, un droit de vote qui, même exercé, peut être remis en cause par le véto de n’importe lequel des cinq pays permanents. Rappelons juste que chaque pays non-permanent membre du Conseil est élu pour deux ans. La rotation est donc de mise ; la couvée actuelle comprend trois pays africains (la Tunisie (élue en 2021), le Niger (2021) et le Kenya (2022). C’est ce Conseil qui a reçu la saisine du Mali et qui est statutairement en devoir de « convoquer » la France pour lui notifier l’objet de la plainte du Mali. Que peut donc décider ce Conseil de sécurité pour sanctionner ou, à tout le moins, contraindre la France en quoi que ce soit ?

La mission classique des Nations Unies est d’intercéder entre deux forces belligérantes pour jouer les médiatrices et ramener la paix entre elles. Mais, depuis peu, la notion de belligérance est devenue tellement vague et imprécise que cette mission fondamentale de l’ONU en est grandement compliquée. En effet, comment intervenir quand un des belligérants est une sorte de nébuleuse sans forme, sans identité établie et reconnaissable, sans même domicile fixe ? Au Mali, si les mouvements dits de l’Azawad ne sont pas à estampiller « terroristes », leur pluralité et leur caractère multiforme et incontrôlable rend difficile des médiations traditionnellement assignées à l’ONU. C’est ce qui complexifie et fragilise les missions de la Minusma, laquelle n’assure pas à cent pour cent la mission d’interposition qui caractérise la plupart des missions de l’ONU. La Minusma n’a pas reçu juridiquement, non plus, les moyens d’imposer la paix à une quelconque partie. Quand elle prenait fonction au Mali, elle avait pour mission de participer à la pacification et à la reconstruction du pays, notamment dans sa partie nord. Depuis, plusieurs groupes et foyers terroristes ont proliféré partout sur le sol malien. La Minusma se trouve donc presque le bec dans l’eau, ne sachant à quel saint se vouer, hésitant entre réinventer ses missions et abandonner tout simplement ce sac de nœuds qu’est devenue la situation de notre pays. C’est une des raisons de son rejet au sein de nos populations. Surtout qu’elle est soupçonnée, depuis le début, de connivence avec les mouvements rebelles ! Malgré les demandes répétées des autorités maliennes, la Minusma n’a jamais reçu le moyen adéquat pour aider véritablement à asseoir la paix et la sécurité au Mali. A quoi sert-elle donc ? Et c’est à travers elle que les Maliens appréhendent et jugent l’ONU. Donc, la requête introduite par l’Etat malien auprès du Conseil de sécurité, au-delà de son caractère symbolique, a pour but essentiel d’enfoncer le clou dans la démarche osée mais périlleuse des autorités de la Transition initiée contre les politiques françaises. Mais que visent-elles, ces autorités, en sachant que la France ne risque rien ou presque, et qu’un simple véto peut annihiler même un projet de communiqué tendant à dénoncer des comportements ou des exactions d’un Etat comme la France ? Nos autorités cherchent à faire un précédent : tant qu’à faire, oser, tenter tout contre la France, cette maîtresse indécrottable hier et ayant une mainmise absolue sur la conduite des affaires d’Afrique noire francophone depuis le début des indépendances.

L’attitude des autorités de la Transition vise plus la réorientation de nos relations avec la France qu’une éventuelle rupture. Les Français n’ont pas compris cela et se sont focalisés sur ce qu’ils appellent une témérité de notre part. Cette lecture erronée procède plutôt de la peur que la réaction des Maliens fasse des émules et fragilise davantage la position de plus en plus controversée du pays du Général de Gaulle sur le continent. Donc, la saisine du Mali, quelle que soit l’issue que le Conseil y réservera, ne laissera pas indemne la situation de la France en Afrique. Boycottée ou traitée par-dessus la jambe ou avec sérieux et impartialité, elle laissera des traces indélébiles et contribuera à initier un nouveau type de relation entre notre pays et, par-delà, le continent africain et les autres.

Tiécoro Sangaré

 

Source: Les Échos- Mali