BAMAKO, PARADIS DES ORDURES : SOS services de ramassage !

Dans plusieurs communes de Bamako, les habitants ne savent plus où donner de la tête. Pourquoi ? Eh bien ! parce que des montagnes d’ordures culminent, pendant des jours et des semaines, devant leurs portes. En effet, depuis peu, dans certaines communes de la capitale, les prestataires de ramassage sont devenus introuvables, au mépris de la salubrité de nos quartiers dont les populations ne demandent qu’à être débarrassées de ces montagnes de déchets dominant la devanture de leurs maisons. Où sont donc passés les services en charge du ramassage des ordures ? Jusqu’à quand cette situation durera-t-elle ? La double réponse envisageable, pour l’heure, tend plus vers des perspectives pessimistes car chaque Bamakois est devenu une victime consciente de la “sale” configuration de notre capitale qui a décidément pris des allures peu enviables de Paradis des ordures.

Depuis plusieurs années, les autorités municipales (la mairie) donnent l’impression de vouloir se désengager de leur obligation de ramassage d’ordures. Les GIE (groupements d’intérêt économique) voués à cette tâche ô combien salutaire se font tellement rares qu’on aurait tendance à penser qu’ils ont tout simplement mis la clé sous le paillasson, notifiant leur cessation de toutes activités concernant la collecte d’ordures ménagères, par défaut de rentabilité, selon certains, surtout en cette période de crise. Quant aux charretiers, il est inutile d’en parler car, d’après eux-mêmes, ils sont tout simplement privés du droit d’exercer leur activité car il n’existe plus d’endroits dédiés au dépôt d’ordures. S’ils enlèvent les ordures, où les mettraient-ils ? Voilà la raison de leur cessation d’activités ! Voilà aussi pourquoi les déchets ménagers s’empilent durant des semaines devant des concessions ! Nos pauvres populations n’ont plus que leurs yeux pour pleurer, condamnées qu’elles sont à prendre leur mal en patience, à filtrer surtout l’air qu’elles respirent à cause de l’atmosphère vicié par cette crasse qui leur pend au nez.

Dans les quartiers de la commune I, Djélibougou, Doumanzana, Fadjiguila, Baconni et d’autres, les habitants sont au plus mal, parce que, non seulement, les déchets entassés devant les maisons chagrinent fortement l’hygiène et l’esthétique et compromettent dangereusement la santé des habitants. Cet état de fait place donc les populations dans une logique d’improvisation à-tout-va, pour combattre cette insalubrité galopante et de plus en plus invasive.

D’après Mme Kansaye Aminata Diallo, une résidente à Missira II, les charretiers qui avaient l’habitude de venir récupérer les ordures 3 à 4 fois par mois, ne se sont pas pointés depuis la fête de Tabaski. Ainsi les portes sont décorées par une vague d’ordures ménagères dans tout le quartier.

« Avant, des camionneurs venaient les collecter gratuitement, mais hier, quand je les ai aperçus, à ma grande surprise, ils m’ont dit que c’était désormais payant. J’avais en ma possession trois sacs d’ordures dont deux étaient remplis. J’ai été stupéfaite d’apprendre que le prix pour les récupérer est de 5000 FCFA. Comme il n’y a pas eu d’accord sur le montant à payer, les camionneurs ont poursuivi leur chemin, me laissant sur les bras les trois sacs de déchets. Par contre, avec les charretiers, nous payions 3000FCFA par mois. Dommage ! ils ne passent plus dans le quartier », nous a témoigné notre interlocutrice.

Selon Mme Kansaye, aux dires d’un charretier à qui elle a eu à demander pourquoi ils n’exercent plus, ce dernier lui aurait répondu : « Puisque nous n’avons plus aucun endroit pour accueillir les ordures et que nous sommes confrontés à l’interdiction formelle de la mairie de faire des dépôts au lieu habituel (vers le Stade Omnisport), nous sommes bien obligés d’arrêter notre activité, pour que ces déchets ménagers ne soient plus un fardeau encombrant pour nous-mêmes ».

Dans d’autres quartiers comme Faladié, même si les charretiers continuent leurs activités, ils ne sont plus regardants sur l’assiduité c’est-à-dire la régularité dans leur rotation de ramassage.

Une situation préoccupante voire exaspérante à laquelle les Bamakois font face en cette période d’hivernage où de nombreuses maladies sont véhiculées. Cette situation mérite bien l’implication des plus hautes autorités communales.

Toutefois, la question ” jusqu’à quand cette situation durera ?” reste posée. Aux autorités compétentes d’y répondre et de mettre en place des stratégies pour apaiser le cœur de la population en les débarrassant des fardeaux posés devant leurs concessions.

Aminata Tera et Tiécoro Sangaré

Source: Les Échos- Mali