Réparations de guerre : la Pologne réclame à l’Allemagne… 1 319 milliards d’euros

La question des dommages de guerre a été tranchée en 1953, mais le gouvernement polonais retente sa chance et réclame à Berlin une somme faramineuse.

Il ne s’agit pas d’un canular : à l’occasion du 83e anniversaire du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement polonais réclame à l’Allemagne le paiement d’une somme faramineuse au titre des réparations de guerre. Jarosław Kaczyński, le président du PiS, le parti des ultraconservateurs au pouvoir et véritable homme fort du régime, a réclamé ce qu’il appelle « une compensation pour tout ce que les Allemands ont fait en Pologne entre 1939 et 1945 ». Le Premier ministre, Mateusz Morawiecki, a ensuite officialisé la demande d’ouverture des négociations avec Berlin. « L’Allemagne n’a jamais vraiment rendu compte de ses crimes contre la Pologne », a clamé Jarosław Kaczyński.

La Pologne s’appuie sur les travaux d’une commission de scientifiques (historiens, économistes, experts immobiliers) qui a publié, jeudi, un énorme rapport en trois volumes, mis en ligne en polonais et en anglais. « La somme présentée comme la valeur des pertes subies a été adoptée de la manière la plus limitée, on pourrait dire une méthode conservatrice. Elle pourrait être augmentée », a insisté, sans rire, Jarosław Kaczyński qui explique qu’il s’agit de réparer la mort de 5,2 millions de citoyens polonais, dont 3 millions de juifs.

La Pologne conteste avoir renoncé aux réparations en 1953

Le sujet n’est pas nouveau pour Berlin, habitué à ce genre de revendications, disons, opportunistes. En 2017, le gouvernement polonais réclamait à l’époque 840 milliards d’euros. Manifestement, l’inflation est passée par là… À l’époque, la Pologne s’appuyait déjà sur un rapport parlementaire. Dès 2004, le Parlement polonais demandait au gouvernement d’engager des négociations avec Berlin.

En fait, la question des dommages de guerre entre la Pologne et l’Allemagne a déjà fait l’objet de plusieurs accords. Le premier date de 1953, mais il est sujet à controverse. La Pologne confirme qu’elle renonce aux réparations à la suite d’une déclaration de l’URSS qui estime que la dette de l’Allemagne est liquidée à son égard. En fait, Varsovie agit sous pression de Moscou. Le PiS considère que cet accord ne vaut rien puisqu’il s’agit d’un gouvernement communiste, non légitime à ses yeux… L’URSS s’est payée elle-même en prélevant sur le patrimoine industriel allemand (dans sa zone d’occupation). Or, l’URSS est censée avoir reversé une partie de ce dédommagement à la Pologne. Mais les chiffres avancés par la Russie sont sujets à caution.

Les « expulsés allemands » relancent l’affaire après la réunification

Puis, en 1975, dans le cadre de la « détente », le chancelier de la RFA, Helmut Schmidt, signe un accord avec son homologue polonais Edward Gierek accordant 1,3 milliard de deutsche marks pour couvrir les réparations des dommages causés aux non-juifs.

Mais après la réunification, ce sont les « expulsés allemands » qui remettent la question des réparations sur le tapis. En effet, lorsque la Pologne a récupéré des territoires, elle a fait partir les Allemands installés… Les « expulsés » se sont organisés au sein de la Preussische Treuhand après la réunification. Le gouvernement allemand n’a jamais repris ses revendications à son compte. Mais en réaction aux demandes des « expulsés allemands », le gouvernement polonais reformule de nouvelles demandes de dédommagement… En 2004, les gouvernements allemands et polonais décident de désamorcer ce conflit par une démarche commune. Une commission d’experts est censée évaluer le bien-fondé des plaintes et, surtout, les gouvernements respectifs s’engagent à cesser de brandir la menace des réparations. On voit avec quel succès…

Cette demande de réparation intervient dans un contexte déjà tendu entre la Pologne et l’Allemagne. Le 16 août, le Premier ministre polonais a publié une tribune assassine dans plusieurs journaux européens mettant en cause la politique de l’Allemagne vis-à-vis de la Russie. « La position du gouvernement fédéral n’a pas changé, la question des réparations est close », a déclaré jeudi un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères. « La Pologne a renoncé à de nouvelles réparations il y a longtemps, en 1953, et a confirmé cette renonciation à plusieurs reprises », a-t-il ajouté.