Au Mali, les ONG soutenues par la France jugées indésirables

Après la rupture militaire etla rupture diplomatique, c’est l’heure de la rupture humanitaire entre la France et le Mali. Les ONG financées par la France doivent cesser leur activité… Ordre de la junte au pouvoir. Une décision qui va surtout pénaliser la population

 

Depuis un an, les relations entre Paris et Bamako se sont considérablement dégradées. Les colonels au pouvoir ont déjà chassé les soldats de Barkhane, suspendu l’antenne de RFI et France 24, expulsé l’ambassadeur de France. Aujourd’hui c’est l’humanitaire qui est pris pour cible : toutes les ONG financées ou soutenues par la France sur le plan matériel ou technique doivent arrêter leur activité. Qu’elles travaillent dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’agriculture ou de l’accès à l’eau.

La décision a été annoncée lundi par un communiqué du premier ministre avec exécution immédiate, même si aucune organisation n’est nommément citée.

Un habitant sur trois a besoin d’une aide d’urgence

Sauf que suspendre le travail des ONG pénalise directement la population. En Afrique un dicton dit « Quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre » !
Le Mali est l’un des pays les plus pauvres au monde avec des centaines de milliers de personnes déplacées par la guerre au Sahel ou le changement climatique. 16% des écoles sont fermées… d’après l’ONU, plus d’un habitant sur trois a besoin d’une aide humanitaire d’urgence jusqu’ici fournie par des organisations non gouvernementales, y compris dans les zones de grande insécurité. Cette aide va disparaître et pour l’instant la junte n’a prévu aucune mesure de remplacement. Ce sont les Maliens qui en sortent perdants.

Le collectif « Coordination SUD » parle d’un sentiment de sidération, de colère, il dénonce l’instrumentalisation des ONG prises dans des jeux diplomatique qui les dépassent.
Elles avaient déjà beaucoup critiqué l’arrêt des financements de l’aide française au développement amorcée en février et confirmée la semaine dernière par Paris. Décision qui a probablement suscité en représailles leur interdiction.
La France justifie ce gel de quasiment 100 millions d’euros par an par la présence de Wagner. Puisque les autorités maliennes font désormais affaire avec le groupe de paramilitaires, accusé des pires exactions, un groupe devenu le fer de lance des opérations de déstabilisation de Moscou en Afrique, Bamako n’a qu’à aller chercher des financements du côté de la Russie. Pas question de prendre le risque que les deniers français soient détournés au profit de cette organisation.

Une décision « regrettable »

En tout cas le Quai d’Orsay a demandé aux ONG de se conformer à la décision des autorités maliennes tout en la qualifiant de « regrettable« .

Il y a au Mali de très nombreuses ONG qui sont basées en France ou reçoivent en partie des financements français (les mécanismes sont souvent complexes). On peut citer la Croix-Rouge, Première Urgence, Humanité & Inclusion, Solidarités International, Médecin du Monde. Certaines organisations ont pris les devants et ont d’ores et déjà suspendu leurs activités de façon préventive pour ne pas être dans l’illégalité.

Isabelle Labeyrie

Source : Franceinfo