Cop27. Comment les lobbyistes des énergies fossiles tentent d’influencer les débats

La Cop27 accueille davantage de participants ayant des liens avec les énergies fossiles, comparé à l’an dernier. Leur nombre a bondi de 25 % par rapport au dernier sommet de l’Onu sur le climat, selon l’organisation Global Witness.

 

Il n’y aurait jamais eu autant de lobbyistes liés aux énergies fossiles présents à une Cop, cette année. Des défenseurs du climat dénoncent leur présence disproportionnée à la Cop27, qui se tient du 6 au 18 novembre 2022 à Charm el-Cheikh en Égypte. Alors que les dirigeants du monde sont appelés à renouveler leurs engagements pour contenir le réchauffement climatique, pour lequel l’exploitation des énergies fossiles est en grande partie responsable, les lobbies ou groupes d’intérêt liés à ces secteurs s’activent en coulisse.

De plus en plus nombreux

Selon la liste provisoire des participants, près de 14 000 observateurs sont accrédités, sur près de 33 500 participants à la Cop27. Parmi eux, des ONG, acteurs de la transition climatique, représentants de peuples autochtones… Mais aussi bon nombre d’entreprises liées aux énergies fossiles, qui souhaitent défendre leurs intérêts, parmi lesquels ExxonMobil, BP, Shell, Chevron, Gazprom, ou encore des banques investissant dans les énergies fossiles.

Plusieurs organisations, dont Global Witness, assurent que plus de 600 personnes liées aux énergies fossiles sont présentes à la Cop27. C’est plus que les délégations combinées des dix pays les plus touchés par le climat, qui comprend notamment le Pakistan, le Bangladesh et le Mozambique, décrypte l’organisation. « Il s’agit d’une augmentation de plus de 25 % par rapport à la Cop26, ce qui montre une augmentation de l’influence de l’industrie des énergies fossiles dans les pourparlers sur le climat qui sont déjà en proie à des accusations de censure de la société civile et d’influence des entreprises », dénonce Global Witness.

Lors de la Cop26, une analyse similaire révélait que 500 lobbyistes du charbon, du pétrole et du gaz avaient été accrédités, soit un nombre plus important que n’importe quelle délégation nationale. « Si l’industrie des combustibles fossiles était un pays, elle aurait de loin le plus grand nombre de délégués à la Cop26 », taclait l’ONG.

Il n’y aurait jamais eu autant de lobbyistes liés aux énergies fossiles présents à une Cop, cette année. Des défenseurs du climat dénoncent leur présence disproportionnée à la Cop27, qui se tient du 6 au 18 novembre 2022 à Charm el-Cheikh en Égypte. Alors que les dirigeants du monde sont appelés à renouveler leurs engagements pour contenir le réchauffement climatique, pour lequel l’exploitation des énergies fossiles est en grande partie responsable, les lobbies ou groupes d’intérêt liés à ces secteurs s’activent en coulisse.

De plus en plus nombreux

Selon la liste provisoire des participants, près de 14 000 observateurs sont accrédités, sur près de 33 500 participants à la Cop27. Parmi eux, des ONG, acteurs de la transition climatique, représentants de peuples autochtones… Mais aussi bon nombre d’entreprises liées aux énergies fossiles, qui souhaitent défendre leurs intérêts, parmi lesquels ExxonMobil, BP, Shell, Chevron, Gazprom, ou encore des banques investissant dans les énergies fossiles.

Plusieurs organisations, dont Global Witness, assurent que plus de 600 personnes liées aux énergies fossiles sont présentes à la Cop27. C’est plus que les délégations combinées des dix pays les plus touchés par le climat, qui comprend notamment le Pakistan, le Bangladesh et le Mozambique, décrypte l’organisation. « Il s’agit d’une augmentation de plus de 25 % par rapport à la Cop26, ce qui montre une augmentation de l’influence de l’industrie des énergies fossiles dans les pourparlers sur le climat qui sont déjà en proie à des accusations de censure de la société civile et d’influence des entreprises », dénonce Global Witness.

Lors de la Cop26, une analyse similaire révélait que 500 lobbyistes du charbon, du pétrole et du gaz avaient été accrédités, soit un nombre plus important que n’importe quelle délégation nationale. « Si l’industrie des combustibles fossiles était un pays, elle aurait de loin le plus grand nombre de délégués à la Cop26 », taclait l’ONG.

Plusieurs représentants de TotalEnergies, y compris son PDG Patrick Pouyanné, ont aussi reçu leur ticket pour la Cop27. Il y participe au sein du groupe « Association française des entreprises pour l’environnement », où figurent aussi des représentants d’EDF, Engie, Veolia, AXA Group, mais aussi BNP Paribas, en tête des principales entreprises du Cac 40 émettrices de gaz à effet de serre.

L’Association internationale pour l’échange de droits d’émission (IETA), un lobby d’entreprises composé notamment de producteurs de combustibles fossiles, est encore bien présente cette année avec pas moins de 130 membres. Selon l’organisme Corporate accountability, ce groupe d’intérêt joue un rôle prépondérant dans les marchés du carbone, qui permet aux pays et entreprises polluantes d’acheter des « droits d’émissions », et ainsi continuer à polluer.

« Leurs intérêts sont la plupart du temps opposés au sens dans lequel vont la transition énergétique et la lutte contre le changement climatique », déplore Brice Böhmer, directeur Climat et environnement au sein de Transparency International. Présent à la Cop27, cet organisme de lutte contre la corruption plaide pour un mécanisme de transparence permettant de déclarer publiquement quels intérêts défendent chaque participant et quels accès ils ont avec les décideurs publics.

Les sponsors, la partie visible de l’iceberg

La liste des partenaires officiels révèle déjà la pointe de l’iceberg, avec des sponsors gênants, qui figurent parmi les gros émetteurs de gaz à effet de serre : le géant américain Coca-Cola, considéré comme l’un des principaux pollueurs au plastique de la planète, la compagnie aérienne EgyptAir, les groupes Vodafone (télécommunications), Microsoft (numérique) ou encore IBM (informatique).

« Le problème, c’est que ça donne un accès privilégié de ces acteurs-là avec les organisateurs de la Cop. Ça leur donne une visibilité importante, en faisant du greenwashing et ils vont avoir plus d’occasions de parler avec les négociateurs et de pouvoir les influencer », explique Brice Böhmer.

« Être sponsor vous apporte une légitimité pour faire partie des pourparlers », renchérit Pascoe Sabido, chercheur et militant au sein de l’Observatoire de l’Europe industrielle (Corporate Europe Observatory), qui a participé à l’analyse de Global Witness. « Ils peuvent verdir leur image. Ils peuvent aussi avoir accès aux décideurs, aux politiciens, aux négociateurs, parce qu’ils sont invités à des événements et dîners spéciaux. »

Des « observateurs » qui intègrent les délégations nationales

Les représentants d’industries fossiles ont en général le simple statut d’observateur comme les ONG, alors que le pouvoir décisionnel revient aux délégations nationales. Toutefois, des représentants d’entreprises liées aux énergies fossiles peuvent se hisser au sein même de ses délégations, s’octroyant ainsi une place privilégiée aux tables des négociations.

« Des représentants d’entreprises fossiles arrivent à faire partie des délégations nationales, notamment dans les pays producteurs de pétrole. C’est un problème parce qu’ils sont vraiment avec les négociateurs, ils peuvent voir ce qu’il se passe alors que les ONG ne peuvent pas, » déplore Brice Böhmer, de Transparency International.

Selon l’analyse de Global Witness, 29 pays au total ont des lobbyistes des énergies fossiles au sein de leurs délégations nationales.

La plus importante délégation nationale de la Cop27 est celle des Émirats arabes unis, qui accueilleront la prochaine Cop28. Parmi ses 1 070 membres, Global Witness a établi que 70 sont liés à l’extraction des énergies fossiles. La délégation russe en compte 33 sur 150.

Huit figurent au sein de la délégation canadienne, qui comprend notamment des représentants de Enbridge Inc, une entreprise spécialisée dans le transport de pétrole par oléoduc. De même que le directeur général du géant britannique BP, Bernard Looney, s’est offert un siège au sein de la délégation mauritanienne.

Alors comment, face à la multiplication des catastrophes climatiques et l’indéniable urgence climatique, les lobbyistes parviennent-ils à défendre leurs intérêts ? « Il y a beaucoup d’événements publics, des cocktails dînatoires qui sont autant d’occasions pour les lobbyistes d’essayer d’influencer les décideurs », explique Pascoe Sabido. « Ce sont des occasions pour eux de montrer qu’ils ont des solutions alternatives aux vraies solutions qui pourraient maintenir les combustibles fossiles sous terre, ils vont montrer qu’ils peuvent compenser leurs émissions en achetant des crédits au Brésil ou ailleurs ; ou encore montrer qu’ils ont de nouvelles technologies de stockage et de capture de carbone pour prouver qu’ils n’ont pas besoin de réduire leurs émissions. »

Toutefois, selon un lobbyiste africain qui plaide pour l’exploitation du pétrole et du gaz en Afrique afin de développer le système d’électricité à travers le continent, leurs marges de manœuvre restent limitées. Interrogé par la BBC , celui qui est à la tête de l’Organisation africaine des producteurs de pétrole, Dr Omar Farouk Ibrahim, affirme n’avoir « aucune garantie » de peser dans les discussions et déclare avoir du mal à avoir un impact au plus haut niveau, rapporte le média britannique.

Ce que nous voyons maintenant, c’est une foire commerciale des énergies fossiles.

— Pascoe Sabido, Observatoire de l’Europe industrielle

Jusqu’à la reprise de leurs éléments de langage

S’il est très difficile d’évaluer le poids de ces lobbyistes sur les décisions finales, le géant pétrolier Shell s’est déjà vanté d’avoir pesé dans l’écriture d’un article de l’Accord de Paris, selon l’aveu même d’un de ses hauts dirigeants concernant le marché du carbone : « Nous pouvons nous attribuer le mérite du fait que l’article 6 [de l’Accord de Paris] soit même là », avait ainsi lâché David Hone, en marge de la Cop 24 de Katowice, en Pologne, cité par The Intercept. « Bon nombre des éléments que nous proposions figurent dans l’Accord de Paris », ajoutant avoir élaboré d’autres suggestions pour les règles d’application de l’Accord de Paris, dont « une partie apparaît dans le texte ». Shell figure dans le top 10 des entreprises d’énergies fossiles les plus polluantes.

« Cette Cop est censée être une Cop pour l’Afrique et ce dont l’Afrique a besoin, c’est de financements publics pour payer les impacts du changement climatique aujourd’hui », commente Pascoe Sabido. Leur décompte démontre qu’il y a plus de lobbyistes liés aux énergies fossiles accrédités que n’importe quelle délégation nationale du continent africain. « Les pourparlers sur le climat sont devenus une opportunité commerciale pour les entreprises des pays riches d’exploiter les pays pauvres. Ce que nous voyons maintenant, c’est une foire commerciale des énergies fossiles », dénonce-t-il.

Source : Ouest-France