L’anniversaire du traité de l’Elysée entre Berlin et Paris aurait pu être propice à un geste fort en faveur de l’Ukraine

Malgré la mise en scène soignée pour les 60 ans du traité symbole de la réconciliation franco-allemande et la bonne volonté affichée, Emmanuel Macron et Olaf Scholz peinent a restaurer la crédibilité du tandem depuis le séisme qu’a constitué l’invasion russe.

Discours à la Sorbonne, tentatives de part et d’autre de parler d’une même voix sur l’énergie ou sur la réponse européenne aux subventions américaines : l’anniversaire des 60 ans du traité de l’Elysée, symbole de la réconciliation franco-allemande, a fait l’objet d’une mise en scène soignée le 22 janvier.

Cette dernière était d’autant plus nécessaire que les mésententes ont été nombreuses au cours des derniers mois. Le traité d’amitié signé entre la France et l’Espagne trois jours plus tôt a d’ailleurs montré que Paris jugeait indispensable de se doter d’autres leviers diplomatiques sur le continent européen.

Il est douteux cependant que la bonne volonté affichée par Emmanuel Macron et Olaf Scholz suffise à convaincre que la « locomotive » franco-allemande, une ambition revendiquée par les deux dirigeants, est bien de nouveau sur les rails et qu’elle est en mesure d’entraîner à sa suite ses partenaires de l’Union européenne. Il faudrait auparavant répondre à une panne, celle qui concerne la crédibilité du tandem depuis le séisme qu’a constitué l’invasion russe de l’Ukraine.

Le retour de la guerre sur le sol européen a refermé brutalement la parenthèse des « dividendes de la paix » ouverte par l’implosion de l’URSS, en 1991. Partout, le « changement d’époque » acté par le chancelier Olaf Scholz, quelques jours après l’invasion russe, pousse les pays européens à se réarmer.

Après le laborieux revirement allemand et l’engagement pris en septembre par le chancelier de faire de la première puissance économique du continent « le pilier de la défense conventionnelle en Europe » et « la force armée la mieux équipée d’Europe », Emmanuel Macron a annoncé à son tour une augmentation historique du budget de défense de la France, soit une enveloppe de plus de 400 milliards d’euros au total sur sept ans.

L’autorité de Berlin comme de Paris est cependant mise à rude épreuve. Les réticences allemandes à un feu vert qui permettrait aux autres pays européens équipés de chars Leopard vendus par l’Allemagne de les transférer à l’Ukraine soulignent sa difficulté de traduire dans les faits le « changement d’époque », pour rassurer ses voisins, elle qui a longtemps refusé tout engagement militaire d’envergure hors de ses frontières, ainsi que la vente de ses équipements dans des pays en guerre. L’incompréhension, voire l’exaspération suscitée par les réserves de Berlin, alors que plane la crainte d’une nouvelle offensive russe sur le sol ukrainien, ne se dissipera pas de sitôt.

Impératifs oubliés

Paris est confronté à un autre obstacle. Un réarmement européen aurait pu être propice, s’il avait été conduit à froid, à l’émergence de la « souveraineté européenne » en matière de défense pour laquelle Emmanuel Macron ne cesse de plaider non sans arguments, la fiabilité de Washington ne pouvant plus être considérée comme immarcescible depuis le mandat de Donald Trump.

Mais l’urgence qui préside à ce réarmement fait que l’OTAN en reste la principale bénéficiaire, ce dont Berlin se réjouit, avec l’industrie de défense des Etats-Unis. Cette dernière apparaît comme la seule à ne pas être totalement dépassée par les impératifs oubliés d’une guerre conventionnelle qui use les hommes et les matériels.

L’anniversaire du traité de l’Elysée aurait pu être propice à un geste fort en faveur de l’Ukraine. Même si personne ne peut douter de leur détermination à soutenir Kiev, l’Allemagne et la France en ont pourtant fait l’économie.

Source: Le Monde