Barkhane : Fin officielle d’une opération militaire au bilan mitigé

Emmanuel Macron, le président français, a annoncé hier, mercredi 9 novembre 2022, la fin officielle de l’opération Barkhane qui, durant huit ans, était engagée dans la lutte contre les djihadistes au Sahel.

 

« Nos interventions doivent être mieux limitées dans le temps, et ce dès le début, nous n’avons pas à rester engagés sans limite de temps dans des opérations extérieures. C’est aussi pour cette raison que j’ai décidé, en concertation avec nos partenaires, d’officialiser aujourd’hui la fin de l’opération Barkhane », a indiqué, hier, à Toulon, le président français. La nouvelle de la France en Afrique, précise Emmanuel Macron, serait finalisée dans les six mois après des consultations avec ses partenaires sur le continent et mettrait officiellement fin à l’opération Barkhane.

Le dernier détachement de la force Barkhane a quitté le Mali le lundi 15 août 2022. Un jour avant ce retrait définitif de Barkhane du Mali, le dimanche 14 août, les forces vives de Gao ont manifesté contre la présence militaire française dans le pays. « Considérant la forte implication des forces françaises dans les attaques terroristes dans la région des trois frontières, notamment dans les dernières à Tessit, dans le cercle d’Ansongo, ayant fait 42 militaires maliens tués, nous, Forces vives de la Ville de Gao, en nous inclinant sur la mémoire des toutes victimes civiles et militaires de cette situation d’insécurité généralisée, avons décidé d’organiser une série de manifestations contre la présence des forces françaises de Barkhane dans les villes de Gao et d’Ansongo », a indiqué Abdoul Karim Samba, le porte-parole des manifestants.

Des résultats non satisfaisants, selon les autorités maliennes

Selon l’Elysée, c’est le 17 février dernier, constatant que les conditions politiques et opérationnelles n’étaient plus réunies pour rester engagée au Mali que la France a décidé, en concertation avec ses partenaires africains et européens, de réarticuler le dispositif de l’opération Barkhane en dehors du territoire malien.

Le 18 février 2022, dans un communiqué, le gouvernement malien a « invité les autorités françaises à retirer, sans délai, les forces Barkhane et Takuba du territoire national, sous la supervision des autorités maliennes. » Pour motiver sa décision, Bamako avait évoqué des « manquements répétés des accords de défense » qui lient les deux pays. « Le Gouvernement de la République du Mali prend acte de la décision unilatérale du 17 février 2022 des Autorités françaises de procéder au retrait des forces militaires de Barkhane et Takuba, en violation des accords liant la France et le Mali et impliquant d’autres partenaires », lit-on dans le communiqué du gouvernement malien. Cette décision, précise le communiqué, fait suite aux annonces également unilatérales de la France, le 03 juin 2021, de la suspension des opérations conjointes avec les Forces Armées Maliennes, et le 10 juin 2021 de la fin de l’opération Barkhane, sans préavis et sans consultation préalable de la partie malienne. Selon les autorités maliennes, « ces décisions unilatérales constituent des violations flagrantes du cadre juridique liant la France et le Mali. » « Le Gouvernement rappelle que par rapport aux résultats attendus, les résultats obtenus et annoncés officiellement par les Autorités françaises, n’ont pas été satisfaisants, ni en 2013 avec l’opération Serval (détruire le terrorisme, restaurer l’autorité de l’État malien sur l’ensemble du territoire national, faire appliquer les résolutions de l’ONU) ni en 2016 avec [Opération Barkhane (lutter contre le terrorisme, aider à faire monter l’Armée malienne en puissance, intervenir en faveur des populations)», précise le communiqué.

Malgré la présence de l’Opération Barkhane et des forces internationales, de 2013 à 2021, détaille le communiqué, le Mali a risqué la partition et la menace terroriste initialement localisée au Nord du Mail, s’est répandue sur l’ensemble du territoire national. Dans le communiqué, les autorités maliennes rappellent que l’Opération Serval n’aurait pas été nécessaire si l’OTAN n’était pas intervenue en Libye en 2011. « Cette intervention qui a fondamentalement modifié la donne sécuritaire dans la région et dans laquelle la France a joué un rôle actif de premier plan et au grand dam des Africains, est à la base des problèmes sécuritaires actuels du Mali en particulier et du Sahel en général », avaient expliqué les autorités maliennes.

M.K. Diakité