Conseil national de la transition : Un mauvais départ !

Frustration, colère, indignation, démission sont, entre autres, des situations qui ont suivi la publication de la liste des 121 membres qui doivent siéger au Conseil National de la transition. Ce dernier qui doit clore la mise en place des organes de la Transition au Mali pour lui permettre de prendre son envol. Mais la mise en place de cet organe essentiel pour la transition suscite tellement de problème au point qu’on se demande si la transition n’est pas mal partie.

En effet, la liste des 121 personnes qui composent le Conseil National de la transition  a été rendue publique jeudi 3 décembre 2020. Si la publication de la liste a été accueilli avec joie chez certains, elle a tout simplement suscité frustration, colère et indignation dans beaucoup de regroupements politiques et associatifs. Certains dénoncent une méthode cavalière de sélection, d’autres pointent du doigt la violation flagrante des quotas antérieurement définis par un décret présidentiel.

Par exemple la Convergence pour le développement du Mali (Codem), dans un communiqué daté du vendredi 4 décembre 2020, dit prendre acte de la liste du CNT rendue publique.

“La Codem constate que malgré les alertes faites, le décret publié concernant la nomination des membres du CNT manque de transparence sur la représentativité des différentes couches sociales. Ce qui est de nature à renforcer le flou autour de la composition du CNT. Par conséquence, le fonctionnement du CNT va souffrir de légitimité. La Codem, en prenant acte du présent décret, informe l’opinion nationale et internationale qu’elle n’a pas été consultée et qu’elle n’a fourni aucun dossier pour le CNT”.

Le M5-RFP quant à lui décide d’attaquer le décret de désignation des membres du CNT.

En effet, dans un communiqué en date du 4 décembre 2020, le Mouvement du 5 juin a d’abord rappelé sa position de s’abstenir de siéger dans le Conseil National de la Transition, avant d’annoncer sa décision d’attaquer le décret de désignation des membres de ce conseil pour violation de la charte et de la Constitution.

« Le M5-RFP qui refuse de servir, de faire valoir à un régime militaire déguisé, à unanimement décidé de ne pas participer au CNT dans le format proposé. Par conséquent, le M5-RFP dénie à quiconque d’y participer en son nom et met en garde les autorités de transition contre toute manipulation visant à associer son nom à cette mascarade. Le M5-RFP cohérente et fidèle à ses engagements n’a fourni aucun dossier de candidature, n’a par conséquent aucun représentant au CNT et dénie à quiconque de se réclamer de lui », rappelle le communiqué

« Au-delà, le M5-RFP déplore les pratiques inquiétantes de violations systématiques des textes constitutionnels et légaux par les autorités de la transition en l’occurrence à travers la désignation de membres du CNT à titre individuel ou par cooptation en violation de la charte de la transition et des décrets subséquents portant condition d’éligibilité et clé de répartition des membres du CNT. Pourtant ces textes attribuent les sièges de l’institution à des entités nommément désignées », affirme le communiqué.

« Par ailleurs le M5-RFP dont le crédo est la refondation du Mali et le bannissement des mauvaises pratiques, fustige la désignation d’individus ayant, pourtant dans un passé récent, ouvertement et farouchement combattu le processus de changement en cours, et reste résolument déterminé à empêcher toutes velléités de restauration de l’ancien régime ».

« Le M5-RFP se réserve donc le droit d’attaquer devant les juridictions compétentes le décret de désignation des membres du CNT dont l’illégalité est évidente tant dans la forme que dans le fond », révèle le communiqué

Les ex-rebelles ont annoncé leur retrait

“La Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) apprend avec une grande surprise la décision des autorités de Transition par laquelle elles arrêtent la répartition des sièges au sein du CNT suivant l’absurde concept du fait accompli et ceci en dépit des engagements consensuels pris entre parties… La CMA déclare ne point pouvoir évoluer dans un environnement animé par des acteurs très peu respectueux de leurs engagements. En conséquence et au vu du quota insignifiant qui lui a été alloué au sein du CNT malgré tous les gages précédemment obtenus, elle se voit obligée de surseoir purement et simplement sa participation au processus de mise en place du CNT et ce jusqu’au rétablissement de la confiance et du compromis” affirment les ex-rebelles dans un communiqué.

Le décret fixant la liste nominative des membres du CNT a également provoqué la colère des faîtières de la presse, qui, dans un courrier, ont demandé une clarification au vice-président de la Transition, le colonel Assimi Goïta. “Conformément au décret présidentiel qui a attribué 4 membres du CNT aux faitières de la presse, notre grande surprise et étonnement a été de constater que dans la liste dévoilée ce jeudi 3 décembre 2020, les faitières de presse n’ont eu que deux membres. C’est une violation flagrante du décret n°2020-0143/PT-RM du 9 novembre 2020 fixant la clé de répartition du Conseil national de la transition. Par conséquent, nous nous donnons le temps de la réflexion par rapport à notre participation au CNT pour non-conformité du décret présidentiel”, déclare la Maison de la presse dans son courrier.

UNTM, CNSC, CAFO, CNJ, frustrés

Autre organisation frustrée et non des moindres, c’est le Conseil national de la société civile la faitière de tous les regroupements de la société civile du Mali. Selon nos informations, il avait envoyé 18 noms. Aucun d’entre eux n’a été retenu nous  a confirmé un responsable du CNSC.

Idem pour la Cafo et le Réseau des femmes ministres et parlementaires qui ont été superbement ignorés. Selon plusieurs sources du côté du Conseil national de la société civile les responsables prépareraient une sortie médiatique pour dénoncer le “mépris” des autorités de la Transition à leur égard. Il nous revient également que l’UNTM, la plus grande centrale des travailleurs du pays, n’a pas envoyé de noms.

En ce qui concerne les organisations de jeunesse, la clé de répartition était de quatre fauteuils et le Conseil national de la jeunesse au regard dudit décret a envoyé 8 noms, ce sont deux seulement qui ont été retenus. Il s’agit du président du CNJ, Amadou Diallo, et d’un autre membre du bureau en la personne Habibatou Nagnouman Traoré. Il nous revient qu’à la suite d’une réunion, le CNJ-Mali ne veut pas faire du non-respect du quota un problème et fait bloc derrière ces deux représentants.

Imam Oumarou Diarra demission

Après avoir contribué à l’élection du colonel Malick Diaw à la tête du Conseil national de transition (CNT), l’imam Oumarou Diarra a annoncé, mardi 8 décembre 2020, sa démission dudit Conseil.

« Faisant suite à votre décret n°2020-0239/PT-RM portant nomination des membres du Conseil national de la transition (CNT) en date du 03 décembre 2020, je viens par la présente décliner votre offre. En effet, il ne m’appartient pas d’apporter un commentaire particulier sur le fond et même la forme qui ont précédé à la mise en place de l’organe législatif de la transition, au risque de favoriser d’autres interprétations qui ne sont pas nécessaires à l’heure actuelle. Cependant, après une longue réflexion et je suis arrivé à la conclusion que pour être en phase avec ce qui a de plus profond en moi, le conseil actuel ne correspond pas à mes attentes. Il aurait été une réussite après une concertation entre les acteurs cités dans la charte. La situation du Mali d’aujourd’hui commande un dialogue franc, sincère et inclusif, sans à priori, permettant à toutes ses filles et fils de se donner la main pour relever ensemble les défis actuels et futurs. Je demeure plus que jamais engagé pour la cause de notre patrie qui souffre d’une crise multidimensionnelle sans précédent », a déclaré l’imam Oumarou Diarra dans sa lettre de démission adressée au président de la transition.

Autant de faits qui sont révélateurs du climat de tensions qui entourent la mise en place de cette instance législative qui suscitait pourtant beaucoup d’espoirs, au regard du rôle de régulateur qu’elle était censée jouer. C’est pourquoi l’on dit que le Conseil National de la Transition a pris un mauvais départ. Wait end see.

Zié Coulibaly

Source: Plume Libre