CAN 2025 : qui pour remplacer la Guinée ?

DÉFIS. Alors que Conakry s’est vu retirer l’organisation de la compétition phare du continent, plusieurs pays sont dans les starting-blocks pour relever le challenge.

 

La nouvelle est finalement tombée, après plusieurs semaines de spéculations : la Confédération africaine de football (CAF) a retiré l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) en 2025 à la Guinée, qui n’est pas prête. « Demain [samedi 1er octobre, NDLR], on demandera à la CAF de recevoir de nouvelles candidatures parce qu’en l’état actuel, les infrastructures et les équipements ne sont pas adaptés ou prêts pour que la CAF puisse accueillir [la CAN] en 2025 en Guinée », a déclaré le président de la CAF, le Sud-Africain Patrice Motsepe, qui a fait le déplacement à Conakry pour informer la junte au pouvoir d’une décision qui, a-t-il dit ensuite devant la presse, remonte à juillet.

La Guinée pas prête

Pourquoi ce nouveau contretemps pour la compétition reine du sport roi sur le continent ? C’est en 2014 que tout le calendrier des compétitions à venir a été chamboulé. Cette année-là, la CAF avait attribué les trois prochaines CAN d’un coup : 2019 au Cameroun, 2021 à la Côte d’Ivoire et 2023 à la Guinée.

Sauf qu’après le retrait de l’organisation de la CAN 2019 au Cameroun, qui n’était pas prêt, au profit de l’Égypte, la CAF avait décalé le calendrier, attribuant l’édition suivante, en 2021, au Cameroun et celle de 2023 à la Côte d’Ivoire. La Guinée avait accepté d’organiser l’édition 2025.

Ces modifications se sont également opérées dans un contexte particulier, puisqu’en 2017, le comité exécutif de la CAF a décidé d’un changement de format de la compétition, qui est passé de 16 à 24 équipes, et l’organisation a été fixée au mois de juin au lieu de janvier. Des décisions qui ont entraîné un réaménagement du calendrier. Face à ce bouleversement de la feuille de route du comité d’organisation, le Cameroun n’avait pas réussi à s’organiser à temps en répondant aux nouvelles exigences comme l’augmentation du nombre de stades, la mise aux normes des infrastructures d’accueil, etc.

La Guinée avait, elle, été désignée comme pays suivant, pour la réception de la CAN 2025. Seulement, en raison d’un contexte politique particulier, et des retards constatés à moins de quatre ans de la compétition, la CAF a tranché. « Un appel à candidature pour la CAN 2025 sera rouvert », a annoncé le président Motsepe ce samedi, lors de la réunion du comité exécutif de la CAF organisée à Alger.

Si l’officialisation a été actée ce week-end, la décision aurait été officieusement prise depuis plusieurs semaines, à l’issue d’une visite d’une délégation de la CAF à Conakry. La Guinée avait également comme autre option la possibilité de joindre le Sénégal au processus d’organisation de la CAN, une solution qui aurait pu être bénéfique aux deux pays, car ils ne disposent pas pour le moment des infrastructures nécessaires à un format à 24 équipes. Mais cette piste a été rejetée par la Guinée. Quant à la possibilité d’un report, l’option avait également été envisagée, mais à l’époque, Conakry ne voulait pas en entendre parler : « On en a fait une priorité nationale et cette priorité nationale, c’est 2025, et on n’ira pas en 2026 ou en 2027, on l’organisera en 2025 », disait le ministre des Sports, Lansana Béa Diallo.

S’il s’agit d’un coup dur pour la jeunesse, ce n’est que partie remise. Le ministre des Sports a déjà assuré que les travaux seront maintenus afin de permettre à la Guinée de bénéficier d’infrastructures, qui profiteront à l’échelle locale, et notamment au championnat national, aujourd’hui considéré parmi les douze meilleurs championnats du continent. Une performance due essentiellement aux exploits du Horoya AC, onze fois champion sur les douze dernières saisons et régulier sur la scène africaine. Disposant de moyens faramineux à l’échelle sous-régionale, le club du milliardaire Antonio Souaré, peut-être le meilleur d’Afrique de l’Ouest ces dernières années, ne reflète pas le contexte dans lequel évolue le football guinéen.

Vers un duel Maroc-Algérie ?

Un appel à candidatures a été lancé dès l’annonce du retrait de la CAN 2025 à la Guinée. Pays organisateur du CHAN 2023, qui aura lieu en janvier prochain, l’Algérie s’est officiellement ajoutée à la liste des candidatures. Alors que le tirage au sort du CHAN a eu lieu ce week-end, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Abderrazak Sebgag, l’a annoncé lui-même : « Il est temps que l’Algérie organise des événements d’envergure, on va présenter un bon dossier pour organiser la Coupe d’Afrique des Nations 2025. Nous allons prouver que l’Algérie est capable de le faire. La délégation d’inspection de la CAF s’est montrée satisfaite des installations sportives en vue du Championnat d’Afrique des nations CHAN 2022 que l’Algérie va abriter en janvier prochain. On défendra notre dossier de candidature jusqu’au bout. » Utilisant cinq stades pour l’accueil du CHAN, dont les nouveaux stades de Baraki (Alger, 40 000 places) et le stade olympique d’Oran (4 000 places), l’Algérie dispose également des Stades du 8 mai 1945 de Sétif, le stade Ahmed Zabana (Oran, 4 000 places) et d’autres stades nécessitant des rénovations pour la réception de la CAN 2025. Pour l’Algérie, cette candidature, si elle venait à être validée, représenterait une belle opportunité, alors que le pays n’a plus accueilli la compétition africaine phare depuis 1990 et sa victoire en finale face au Nigeria.

Le Maroc disposant d’infrastructures de classe mondiale pourrait également figurer sur la liste des recours possibles. En raison des exigences de la CAF concernant la conformité des stades pour la réception de matchs internationaux, de nombreux pays se sont tournés vers le Maroc pour jouer leurs matchs à domicile. Entre les enceintes de Casablanca (67 000 places), Rabat (65 000), Marrakech (45 000 places), Fès (45 000), Tanger (45 000) ou encore Agadir (45 000), des stades modernes sont déjà sur place, et sont régulièrement mis à contribution pour le championnat national. N’ayant pas organisé la compétition depuis 1988, sa candidature suivrait la logique des choses alors que le Maroc avait postulé à l’organisation de la Coupe du monde en 2010, organisé la Coupe du monde des clubs, mais aussi la CAN féminine de 2022.

Des pays tels que l’Afrique du Sud (organisateur en 1996 et 2013) ou encore le Nigeria (co-organisateur en 2000, avec le Ghana) seraient de possibles candidats. L’Afrique du Sud, en raison de son expérience du mondial 2010, est déjà en mesure d’organiser une CAN à 24 équipes. Le Nigeria, avec pas moins de huit stades aux capacités de 30 000 places ou plus, peut aussi se positionner comme organisateur.

Une chose est sûre pour le président Motsepe : « La course à la candidature est ouverte à tous, et chaque pays part du pied d’égalité, à condition de remplir les exigences de la CAF », a-t-il dit ce week-end lors d’une conférence de presse à Alger. « Je peux vous assurer qu’il n’y a aucun pays en Afrique qui va être favorisé ou qui pourra faire pression à propos d’un autre pays. » « Nous voulons donner leur chance à tous les pays. Ce qui est important à mes yeux, c’est ce que pensent de nous les gens en Afrique, leur perception. Est-ce qu’ils pensent que nous agissons de manière juste », a-t-il insisté.

Par Abdoulaye A. Sall

Source : Le Point.fr