Burkina Faso: la rectification de la Transition

Arrivé au sommet de l’État par les armes, après avoir renversé le président Roch Marc Christian KABORE, il sera resté à peine plus de huit mois au pouvoir. Le capitaine Ibrahim Traoré, chef du 10e Régiment de commandement d’appui et de soutien (10e RCAS) basé à Kaya, lui succède à la tête du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR).

 

Encore ce samedi, et alors qu’une frange de l’armée s’était soulevée pour réclamer le versement de primes impayées d’abord, puis tout bonnement le départ de DAMIBA, dont la destitution a été annoncée vendredi soir sur les ondes de la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB), l’équilibre des forces avait paru incertain.
Mais les négociations, en partie menées sous l’égide des religieux, d’un représentant du Mogho Naaba, le plus influent chef traditionnel du pays, n’ont pas permis aux deux camps de trouver un compromis. Ce dimanche matin, une large partie de l’armée a fini par apporter son soutien à l’unité Cobra, à l’origine de la mutinerie, ne laissant d’autre choix à DAMIBA que d’accepter sa défaite. Il a ainsi décidé de démissionner mais en posant 7 conditions : la poursuite des activités opérationnelles sur le terrain ; la garantie de la sécurité et de la non-poursuite des FDS engagés à ses côtés ; la poursuite du renforcement de la cohésion au sein des FDS ; la poursuite de la réconciliation nationale ; le respect des engagements pris avec la CEDEAO ; la poursuite de la réforme de l’Etat ; la garantie de sa sécurité et de ses droits, ainsi que ceux de ses collaborateurs.
De son côté, le Président du MPSR le Capitaine Ibrahim TRAORE a accepté ces sept conditions.
Après la démission de DAMIBA, le Capitaine Ibrahim TRAORE, royalement accueilli par une grande foule, a été escorté par des véhicules et blindés de l’armée, à découvert. Il a été adoubé par la population.
Auparavant, le samedi 1er octobre, le désormais ancien président DAMIBA, s’était pourtant exprimé sur la page Facebook de la présidence, appelant les putschistes « à revenir à la raison pour éviter une guerre fratricide dont le Burkina Faso n’a pas besoin dans ce contexte ». Affirmant qu’il n’avait pas quitté le pouvoir, il avait formellement démenti s’être réfugié dans la base française de Kamboinsin.
« Ce n’est qu’une intoxication pour manipuler l’opinion », avait-t-il ajouté, répondant ainsi aux accusations des putschistes qui, dans une allocution télévisée, avaient affirmé qu’il « planifiait une contre-offensive » depuis une « base française » près de Ouagadougou.
Paris avait rapidement démenti, mais cela n’avait pas empêché les manifestants de prendre pour cible l’ambassade de France à Ouagadougou et l’Institut français de Bobo-Dioulasso. Quelques heures plus tard, dans la soirée du samedi 1er octobre, le capitaine Traoré avait tenté de calmer le jeu.

Le coup d’État condamné par la communauté internationale
La communauté internationale a de son côté condamné ce nouveau coup de force. Samedi, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Gutteres, a « fermement » condamné dans un communiqué « toute tentative de prise de pouvoir par la force des armes ».
L’Union africaine (UA) a elle dénoncé un « changement anticonstitutionnel de gouvernement » et l’Union européenne (UE) estimé que le coup de force mettait « en danger les efforts engagés depuis plusieurs mois » pour la transition.
De son côté, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a déclaré dimanche qu’elle suivait avec «une grande inquiétude» les développements du coup d’État militaire de vendredi au Burkina Faso.
Appel à la RUSSIE
Vendredi, quelques heures avant le coup d’État, plusieurs centaines de personnes avaient manifesté dans la capitale pour réclamer le départ de Paul-Henri Sandaogo DAMIBA, mais aussi la fin de la présence militaire française au Sahel et une coopération militaire avec la Russie. « Il est évident que les partisans russes sont de plus en nombreux. Au sein de l’armée et des populations, des voix s’élèvent pour demander un partenariat avec la Russie. Mais cela reste au stade de la théorie. Il ne faut pas s’attendre à une rupture avec la France mais peut-être une coopération plus accrue avec d’autres partenaires comme la Russie », tempère l’analyste Drissa Traoré.

Rassemblé par SIKOU BAH

Source : Info-Matin